«

»

Déc 12 2014

Imprimer ce Article

Lima – les négociations patinent, les territoires agissent et nos trépignons

Pour des engagements CONCRETS et une feuille de route SEREINE vers ParisClimat2015

Nous sommes toujours à Lima…aujourd’hui est le dernier jour « officiel » de la CoP21, mais les négociations vont se poursuivre jusqu’à ce soir ou demain soir. L’ambiance pourtant est plutôt ici à la torpeur qu’à l’urgence. Comme la grenouille qui cuit à petit feu et ne sent pas l’eau qui va l’ébouillanter frémir.

Le pavillon français – comme les autres pavillons – commencent à être démonté, et pourtant l’ambiance des négociations est encore celle d’un début de CoP: on parle méthode, les détails administratifs et techniques rendent peu visible le sens politique.

Le texte de synthèse, présenté hier soir sans pouvoir être immédiatement discuté, a des ambiances de réchauffé, et un mérite: il est plus court que ce qu’il remplace.

Mais beaucoup reste à faire, ne serait-ce que pour retravailler sur la confiance et la dynamique des négociations: la France discute activement du texte d’un côté, la Francophonie de l’autre…sans la France. Le multi-acteurs, et notamment l’engagement pionnier, opérationnel et contraignant des territoires, des entreprises et des citoyens, reste aux Voix pour le Climat ou en événement parallèle, et n’a toujours pas gagné son ticket de plein droit pour Paris.

Le village de la CoP a de nombreuses agora pour les échanges informels, et c’est très bien. Il se murmure dans de nombreuses délégations que désormais, seules des impulsions rapides et coordonnées de quelques présidents emblématiques, par plaque géographique (Afrique, Amérique du Nord, Amérique du Sud, Asie, Europe, Océan Indien, Pacifique Sud…), peuvent redonner vision et perspectives, et aboutir à des engagements concrets, légalement contraignants et ancrés dans les politiques nationales, tant pour le post-2020 que pour la période intermédiaire 2016-2020. Beaucoup espèrent de Ban Ki Moon une coordination efficace, et la mobilisation de figures emblématiques de la société civile pour challenger, fédérer, porter cette impulsion.

Le discours de John Kerry, mobilisateur et fédérateur, a remis hier en avant l’importance d’articuler les efforts de chacun, depuis les citoyens jusqu’à l’ensemble des états, dans une logique multi-acteurs. Il a insisté sur l’urgence d’agir, le fait que la raison économique incitent tous les investisseurs et les entreprises à devenir pionniers de la transition climatique, dès maintenant, sans attendre les évolutions législatives. John Kerry a également réaffirmé l’importance de l’accord sino-américain et la possibilité pour tous, y compris les Etats-Unis, d’aller plus loin très rapidement si les positions de négociation écrites (à venir en février-mars) sont concrètes et ambitieuses.

Mais ceci n’interviendra que si un accord mobilisateur est trouvé dans les prochaines heures à Lima, et le chantier est immense.

D’un point de vue technique, le schisme demeure entre ceux qui veulent commencer à parler engagement et financement pour la période intermédiaire, et le post-2020. Les marché de droit génèrent une hostilité croissante, le retour d’expérience de ceux qui les ont mis en place est très mitigés, là où les certificats d’économie d’énergie sont vécus comme plus efficaces et moins spéculatifs.

Travailler des objectifs chiffrés sur l’agriculture et le climat, l’eau et le climat (les fameux nexus – peut-être aussi habitat, mobilité, océan…) recueille les faveurs des acteurs territoriaux, de nombreuses entreprises et ONG, mais aussi de beaucoup d’Etats en phase de développement. Le Pérou a ainsi, à l’issue d’une conférence commune avec la France, adopté le principe d’un débat national suivi d’une loi de transition énergétique, insistant sur l’évolution des modes de ville socle de base d’une transition vers la sobriété désirable et la diversité de modes de production renouvelables. Une initiative bilatérale concrète, des résultats tangibles. La présence de Ségolène Royal, du Parlement et du Sénat a fait de cette initiative un événement bilatéral important et inspirant.

Néanmoins, le malaise persiste…ceux qui parlent du contenu manquent de vision et n’ont pas la perception terrain du contenu, ceux qui agissent ne sont pas entendus pour parler vision ni contenu, et il faut reconstruire une vision pour passer de la profusion de contenus à la consolidation des initiatives autour d’une feuille de route….que de travail avant ParisClimat2015 – et nous ferons notre part, et essaierons de faire plus.

Nicolas Imbert & l’équipe Green Cross France et Territoires

Nos 11 objectifs pour la CoP20
(qui restent plus que jamais d’actualité)

 

  1. Sceller le rapprochement des thématiques (nexus) eau, océan et climatdébouchant sur des engagements structurants au 8ème Forum Mondial de l’Eau en Corée, en avril 2015, puis à ParisClimat2015,
  2. Faire de l’agro-écologie une des solutions concrètes permettant la transition écologique pour donner au terme d’agriculture climatiquement intelligente avant décembre 2015 un sens enfin raisonnable, et qui correspondent à une agriculture saisonnalisée, économie en eau, énergie et en intrant, respectueuse des sols et des humains, et en 4D (déconcentrée, diversifiée, décarbonée, démocratique),
  3. Reconnaître qu’un océan en bonne santé contribue significativement à un climat préservé, et se doter avant 2017 des outils permettant une gestion concertée plus efficace de la santé des océans et de la préservation de leurs capacités naturelles de captation carbone,
  4. Focaliser les engagements du Fond Vert pour le Climat sur des projets concretssur les territoires, construits et pilotés localement, à même de répondre durablement aux enjeux climat, avec une répartition équilibrée entre atténuation et adaptation,
  5. Obtenir des Etats (et des plateformes régionales, notamment de l’Union Européenne) la mise en place effective avant 2020 d’une fiscalité qui cesse les subventions ou distorsions de concurrence favorisant les énergies fossiles sur les énergies renouvelables,
  6. Exclure explicitement des financement accordés par le Fonds Vert le support à toutes les énergies fossiles, et notamment le charbon et le nucléaire,
  7. Faire évoluer REDD+ pour une intégration préalable du droit des populations autochtones, du respect de la biodiversité et des écosystèmes,
  8. Donner une voix aux négociations aux territoires et sociétés civiles (citoyens et associations, entreprises, investisseurs…) qui s’engagent, à hauteur de l’importance de leurs engagements, ceux-ci pouvant être analysés en toute transparence par des tiers,
  9. Obtenir une meilleure effectivité des engagements des Etats, et notamment la possibilité d’audits par des tiers de confiance indépendants, la réparation rapide en cas de manquement, et l’intégration par des règles de respect en droit international,
  10. Mettre en place avant 2017 une instance de témoignage pour les crimes contre le climat et l’environnement, progressivement appelée à se transformer en cour de justice.
  11. Trouver les moyens (financiers, organisationnels, culturels…) d’une coopération décentralisée à même de répondre effectivement aux enjeux d’adaptation.

_________________________

Portfolio

Choses vues à Lima – en marge de la Cop20 – (c) GCFT

 Fabien Cousteau – One voice, one planet, one ocean, La Noche Azul, 6 décembre 2014 – (c) GCFT

Urgence d’agir pour l’Arctique

 Des solutions rurales pour le chauffage, l’accès à l’eau et à l’énergie

 Manifestations contre REDD+ sur le site de la conférence -(c) GCFT

 Mobilisation des jeunes coréens -(c) GCFT

 Don’t gamble with our planet future – (c) GCFT

 Voces por le Climat – (c) GCFT – conférence France / Pérou

 Conférence de presse de John Kerry – (c) GCFT – son disponible ici

 Des canadiens recherchent désespérément la politique gouvernementale de leur pays – grosse récompense en vue

Lien Permanent pour cet article : http://gcft.fr/WP/lima-les-negociations-patinent-les-territoires-agissent-et-nos-trepignons/