La CoP 24 se limite à une mise en place technique à minima de l’accord de Paris alors que l’urgence climatique impacte de plus en plus notre quotidien

La CoP 24 s’est achevée ce samedi soir à Katowice par une simple mise en place technique, à minima de l’Accord de Paris, sans aucune mesure complémentaire.

Ça n’est pas pourtant faute d’insistance tant du GIEC, via le “rapport 1,5°C“, du Secrétaire Général des Nations-Unies Antonio Guterres, ou bien de l’intervention d’Arnold Schwarzenegger montrant la détermination à agir et insistant pour plus d’ambition.

“La Maison brûle et nous cherchons à éteindre l’incendie avec un torchon”. Cette phrase était présente dans tous les cerveaux des observateurs à la CoP, cette année. 

La quasi-absence de la France, pays hôte de la CoP 21 et de l’Accord de Paris a été vécu comme un mauvais signal par la communauté internationale. En n’envoyant à Katowice ni le Président de la République, ni le Premier Ministre, ni même le Ministre de l’Environnement, notre pays a illustré concrètement son ambition et son leadership largement insuffisants, alors même que les mouvements #MakeOurPlanetGreatAgain et le #OnePlanet Summit avaient créé une espérance, un élan et maintenant des attentes inassouvies de la communauté internationale pour changer de braquets face au dérèglement climatique. Nous devons désormais montrer, par nos comportement, que le pays qui a permis l’Accord de Paris joue pleinement son rôle dans sa mise en oeuvre, et est capable d’effectuer une réelle transition énergétique, de faire évoluer son agriculture et son modèle alimentaire, et de reconquérir un air, des sols et une eau de qualité pour une meilleure santé environnementale et un cadre de vie préservé, au quotidien.

Pourtant, quelques mouvements de fonds ont été aperçu:

  • L’extrême pertinence et le savoir-faire de la Présidence fidjienne de la CoP 23 ont porté leurs fruits – et leur déception face à cette CoP 24 en demi-teinte était à la hauteur de leur mobilisation. On travaille désormais moins en termes éthérés sur les notions d’atténuation et d’adaptation, mais de plus en plus sur des projets concrets, territorialisés, permettant de passer de la vulnérabilité à la résilience en agissant concrètement sur les phénomènes climatiques extrêmes, la montée des eaux, l’agriculture et l’alimentation, l’énergie, les mobilités, l’urbanisme…L’importance de la coopération, de la co-construction et d’un dialogue mondial permanent – le fameux processus de Talanoa – ont été confirmés comme des méthodes effectives et porteuses de résultat,
  • La “colère” – ou plutôt la demande appuyée y compris par voie de recours juridique – pour une transition écologique accélérée est désormais incontournable, à l’image de Greta Thunberg, cette adolescente qui interpelle le Monde depuis la Suède en dénonçant le laxisme global face à l’urgence climatique, et notre inaction dans la mise en place de solutions: https://youtu.be/HzeekxtyFOY. A l’image également des différentes communautés qui s’organisent et attaquent leurs Etats ou entreprennent des recours pour inaction face au dérèglement climatique (au Pérou, aux Pays-Bas, mais également en France avec Damien Carême maire de Grande-Synthe…), et les très nombreuses manifestations pour le climat du 8 décembre partout dans le Monde, et en particulier en Grande-Bretagne.
  • L’enjeu de justice sociale, et la démonstration que le dérèglement climatique touche en particulier les plus précaires, et que ce sont les mesures de lutte contre ce dérèglement climatique qui y apporte des réponses concrètes, en particulier vis à vis des femmes, des enfants, mais également par une mobilisation des sociétés coutumières et des savoirs traditionnels au service d’un développement écologique et humain.

Il nous appartient désormais, et en particulier en France, d’accentuer la mobilisation sur l’urgence de changer de braquet face au dérèglement climatique, de faire évoluer considérablement les politiques et l’affectation des moyens en réaffirmant la prééminence d’une santé humaine retrouvée (eau, air, alimentation) et d’une résilience territoriale et humaine sur des revendications catégorielles, et l’importance de faire les bons choix durables et structurants, notamment en termes de mobilité, d’énergie, d’alimentation, de coopération internationale et de construction territoriale.

Les échéances du Sommet Climat des Nations-Unis, organisé à la demande d’Antonio Guterres en septembre 2019 est essentielle pour ne plus tenter d’éteindre la maison qui brûle avec un torchon, mais se mobiliser à la hauteur des enjeux. Le temps presse, et il faut que nous puissions, collectivement, passer de la démonstration de l’urgence de transition écologique à la mise en place, massive, coordonnée et territorialisée, de cette transition.

Pour se faire, Green Cross continuera à se mobiliser selon 3 lignes directrices majeures:

  • le développement de son programme de recherche-action territoriale “de la vulnérabilité à la résilience” , qui identifie partage et met en perspective les SECRETS (c) des territoires, ces Solutions Ecologiques Concrètes Efficaces Réplicables de Transition Soutenables, ces clés pour agir dont nous avons tous besoin: http://desclespouragir.fr, et met en réseau ces territoires innovants dans la lutte contre le dérèglement climatique.
  • l’appui à la Déclaration des Droits de l’Humanité (http://droitshumanite.fret l’accompagnement de sa reconnaissance et de son déploiement, pour une transition humaniste, sociale, économique et écologique, qui préserve la paix et multiplie les coopérations.
  • l’identification, la formation et la mise en réseau d’Ambassadeurs de la transition écologique sur les territoires (mer et littoral, montagnes, villes, campagne…), mais également dans les filières (économie circulaire, innovation…) à même de convaincre et de mobiliser,
  • l’accompagnement  aux territoires qui s’engagent de manière pionnière dans la transition écologique

Plus que jamais, le temps presse, et nous devons passer des paroles aux actes.

Jean-Michel Cousteau, Nicolas Imbert, les équipes et impliqués de Green Cross France et Territoires

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Quelques contenus utiles:

Vous trouverez également ici la synthèse de notre récent colloque “accélérer la transition énergétique à l’échelle des territoires”.

Nicolas Imbert est également intervenu dans le JT 8 de la CoP 24 non officielle: https://www.facebook.com/groups/765251106934029/