Compte-rendu du webinaire « Plan de relance pour la santé globale et pour la société du bien-être en France » – Podcast à retrouver en ligne

Le 11 janvier, Green Cross coorganisait avec le Collectif Santé en Danger un webinaire appelant à un plan de relance orienté vers les objectifs de santé globale et de la société du bien-être, considérant à la fois la santé humaine et la santé environnementale.

Animé par Jeanne Baron

Podcast du webinaire Plan de relance « Santé globale et pour la société du bien-être en France »

Sommaire :

  • Introduction:

La genèse de la démarche, les raisons d’agir pour la santé globale                        (Arnaud Chiche et Nicolas Imbert)

  • 1ère Table Ronde

4 regards de praticiens de la santé : Evolution des financements, coordination entre santé, médecine et pharmacie, et prise en compte de l’environnement à l’hôpital

                              (Jérôme Lemant, François Frey, Paul-Simon Pugliesi, Eloïse Du Terrail)

  • 2ème Table Ronde:

Témoignages d’acteurs politiques et de professionnels engagés

(Maïna Sage, Eric Piolle, Josy Chambon, Patrick Vignal, Corinne Lepage + intervention Audrey Kaskovec)

  • Conclusion

(Arnaud Chiche, Nicolas Imbert)

Introduction

  • Arnaud Chiche (médecin urgentiste, fondateur du Collectif Santé en Danger)

Le Collectif Santé en Danger a été créé à la suite de l’organisation du Ségur de la Santé de juin 2020 afin de le prolonger et de l’étendre aux oubliés de ces discussions

  • Objectif : Définir une orientation pour la mutation de la Santé en France, basée sur la prévention, l’écologie et l’éducation
  • Nicolas Imbert (Directeur exécutif Green Cross)

L’urgence sanitaire actuelle nous appelle à repenser notre santé, d’un point de vue économique, sociale, mais aussi écologique. Aux discours, il est désormais urgent de laisser la place aux actions, concrètes et adaptées aux territoires.

Le Covid-19 n’est qu’un indicateur des enjeux à prendre en compte

C’est face à cet état des faits que doit être engagé un plan de relance, non seulement en faveur de la santé, mais également du bien-être de la société, à la fois physique et mentale

Les 4 dimensions de la Santé globale à intégrer à ce plan de relance :

  • La prévention
  • Les enjeux sanitaires
  • La santé environnementale
  • La médecine curative

La Santé globale nécessite pour cela de remettre l’humain au cœur des priorités

1ère Table Ronde

  • Jérôme Lemant (Médecin réanimateur)

Le Collectif Santé en Danger propose et promeut une mutation du système, en se basant sur une approche postkeynésienne du secteur de la Santé  

  • Inverser la vision traditionnelle du cycle impôts -> dépenses de l’Etat, en envisageant plutôt que les dépenses de l’Etat sont les générateurs des activités, permettant l’achat de biens et de service et de payer ses impôts
  • La condition au bon fonctionnement de ce cycle, c’est de s’assurer que l’argent dépensé par l’Etat reste en circulation plutôt que de rester bloqué par les grosses fortunes -> veiller à ce que tous participent en payant les impôts, notamment les grands groupes économiques
  • Les intérêts du post-keynésianisme : baisse du chômage, diminution des impôts et amélioration du service public

L’Etat peut donc se donner les moyens de financer la santé en France, à la condition d’assurer la circulation de l’argent dépensé en le récupérant par des impôts équitables.

  • François Frey (ancien cadre dirigeant pharmaceutique)

Le secteur pharmaceutique est un système loin des objectifs d’économie circulaire.

Le système des brevets font de sorte que le premier à proposer une solution technologique est celui qui fixe les prix sur le temps long

  • Il n’y a donc pas d’intérêt à recycler un ancien produit pour de nouveaux usages émergents
  • Nécessité de penser à une métamorphose du monde de la recherche et du secteur pharmaceutique
  • Paul-Simon Pugliesi (practicien hospitalier)

La décarbonation, un enjeu majeur du siècle mais qui peine à intégrer l’Hôpital, dû à :

  • Un manque de sensibilisation du personnel hospitalier,
  • Un manque de temps et de moyen,
  • Représentation du « Drap blanc de la pureté » qui recouvre l’Hôpital qui écarterait toute responsabilité quant à ses émissions carbone

Or, les engagements pris par la France lors de la COP21 ne pourront se faire sans l’Hôpital, gros émetteur de CO2 (beaucoup de flux physiques du personnel, des patients, des médicaments, des dispositifs médicaux ; consommation énergétique des bâtiments ; gestions des déchets) :

  • environ 3millions de tonnes équivalent de pétrole de l’énergie, soit 2% de l’énergie consommée en France 
  • environ 35millions de tonnes de CO2, soit 5% de l’empreinte carbone de la France (ne prenant en compte que l’énergie, et non pas les intrants)

Le triple étau carbone se resserrant sur l’Hôpital :

  • Participer aux efforts nationaux pour la décarbonation
  • Contraintes d’approvisionnement des énergies fossiles
  • Dérèglement climatique faisant émerger de nouveaux enjeux sanitaires
  • Nécessité : proposer des solutions pour un hôpital plus résilient à ces nouveaux enjeux
  • Eloïse Du Terrail (infirmière en CHR à Lyon, engagée pour un Hôpital plus responsable écologiquement)

Mis en place d’un groupe de travail à la suite de la 1ère vague de Covid-19 en faveur d’un hôpital plus écologique, prenant en compte les grands enjeux :

  • L’isolation thermique
  • Le gâchis d’eau, d’électricité et alimentaire
  • Le recyclage et la sortie du plastique
  • L’introduction de savons et lessives sans produit chimique

Conclusion de la 1ère Table Ronde :

Il est souligné l’existence d’un travail conséquent à réaliser afin de permettre une mutation de l’hôpital et de l’urgence de coordonner l’ensemble de ces enjeux

Ces propositions de praticiens seront ensuite articulées par les témoignages des politiques pour un éclairage ancré sur le territoire et porteur d’ambition

2ème Table Ronde

  • Maïna Sage (députée représentante de la Polynésie)

L’enjeu de la décarbonation se doit d’être mis en place par l’ensemble des secteurs

La Polynésie française, également impactée par la crise du Covid-19 souhaite se saisir d’une occasion pour se réinventer :

  • Replaçant la société du bien-être au cœur et basée sur l’éducation et l’information du public
  • Engageant une meilleure coordination entre les territoires
  • Assurant une meilleure coordination public/privé, avec l’inclusion de la société civile
  • Intégrant une vision terre-mer : adopter une vision plus large que la France continentale
  • Eric Piolle (Maire de Grenoble)

Aujourd’hui, les politiques publiques se centrent essentiellement sur les problèmes économiques liés aux dépenses du secteur, poussant à la standardisation des pratiques et à terme à la pénurie médicale

  • Persistance d’inégalités sociales et territoriales de santé, ainsi qu’un plafonnement de l’espérance de vie en bonne santé
  • Le Ségur 1 de la Santé ne se centre que sur les chiffres et indicateurs, et est donc resté très parcellaire -> appel à un 2nd Ségur

La santé est un sujet à la fois universel et transversal -> importance de la vision de santé globale :

  • Regard sur la prévention de santé
  • Sur la santé mentale et environnementale
  • Sur les atteintes à la biodiversité (dont le Covid est un indicateur majeur)

Egalement, nécessité d’une meilleure coordination entre médecine de ville, médecine privée et hôpital public

  • Josy Chambon (conseillère régionale Provence-Alpes-Côte d’Azur, présidente de la commission recherche, santé et vieillissement, directrice des instituts de formation du Var)

La Région Sud a développé 3 axes dans le domaine de la santé :

  • La politique de santé publique (Plan Cancer régional, Plan régional santé-environnement, Pass Santé-jeune, Pass Mutuelle)
  • La politique de lutte contre les déserts médicaux
  • La politique de soutien aux innovations de santé

Il existe un  fort manque d’attractivité de la profession et des formations (-30% de candidats à la formation) -> des études à mener, mais certainement lié au mal-être du secteur

  • Patrick Vignal (député de l’Hérault)

Constat d’un service public délaissé, et d’un manque de soutien et de coopération

A titre d’exemple, le lancement de la campagne de vaccination engage l’hôpital public mais laisse la médecine privée à l’écart, représentatif des oppositions existantes dans notre société.

  • Afin de faire face à cette crise, nous avons surtout besoin de coopération et de politique concrète, et non pas de politique politicienne

Nécessité d’une métamorphose du cheminement de la santé :

  • Réintégrer la notion de Parcours de santé, réintégrant les différents acteurs de la santé
  • Focus sur prévention (réflexion sur les bienfaits du sport…)
  • Sortir de l’opposition et de la politique politicienne pour remettre de l’humain dans l’urbain
  • Audrey Baskovec (Infirmière, affiliée au Collectif Santé en Danger)

Malgré l’augmentation de salaire, promise par le gouvernement lors du 1er Ségur, cette initiative n’est pas suffisante pour relancer l’attractivité du secteur

  • Appel à un salaire à la hauteur du diplôme
  • Diminuer les ratios de patients par aide-soignant pour assurer un soin de qualité
  • Remettre l’humain au centre du soin
  • Faire de la médecine de ville (infirmières libérales, médecins traitants…) une priorité -> importance démontrée lors de la crise Covid-19
  • Corinne Lepage (avocate, ancienne députée européenne, ancienne ministre)

La crise du Covid-19 est un révélateur d’un double mal-être : physique et mental, dont on retrouve notamment parmi les principales victimes, les étudiants, abandonnés dans une situation particulièrement difficile.

Depuis plusieurs années également, les inégalités sociales et géographiques du secteur de la Santé sont aggravées par le problème des déserts médicaux (5 à 6 millions de citoyens n’ayant pas accès à un médecin traitant local)

Aujourd’hui, notre système est basé sur une appréhension curative de la maladie, or l’environnement malsain dans lequel nous vivons (en terme de qualité d’air et d’alimentation, de contact avec des produits toxiques) et la non-prise en compte en amont de ces menaces sur notre santé sont la source de nos maux actuels.

  • Nécessité de retrouver de la joie de vivre en se redonnant des perspectives et de l’espoir : le bien-être psychologique est une ressource essentielle à ne pas négliger face à la situation pandémique actuelle

Conclusion

  • Arnaud Chiche

C’est face au manque d’anticipation à la 2ème vague qui a été à l’origine de l’idée de la création d’un organisme en charge d’un plan de préparation aux crises inopinées afin d’éviter l’improvisation que nous avons connu.

Créer un observatoire pour la santé en remettant les soignants au cœur des discussions, en partenaires avec les politiques

  • Nicolas Imbert

Ces interventions témoignent de l’importance d’une interaction incluant toutes les générations, et prenant en compte la santé mentale, en particulier les jeunes et les plus isolés

Le plan de relance envisagé se doit donc de mettre en place des solutions au plus près du territoire, des actions concertées avec une raison d’être et un mode opératoire pertinent

Question ouverte : quels espoirs ? Quel plan de sortie de crise Covid-19 ? -> Un potentiel futur sujet d’un prochain webinaire ?