Transition énergétique: le gaz, un accélérateur indispensable

Alors que s’ouvrent en ce moment même les Assises Européennes de la Transition Énergétique, du 30 janvier au 1er février, à Genève, il nous semble important de rappeler l’enjeu essentiel de complémentarité entre le gaz et l’électricité pour réussir la transition énergétique, ainsi que l’urgence de prendre désormais les bonnes mesures pour accélérer cette transition.

Dans le même temps, s’ouvre la période de concertation permettant l’adoption de la révision de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE), alors que les signaux stratégiques et politiques incitent à la plus grande prudence, et nous sommes inquiets:

  • Comme l’a rappelé le Président Emmanuel Macron en ouverture du One Planet Summit, le 12 décembre 2017, nous sommes en train de perdre la bataille contre le dérèglement climatique si nous n’enclenchons pas plus vite et plus fortement la transition écologique de nos économies, à commencer par la transition énergétique,
  • Or, la France est en retard dans sa stratégie bas-carbone et sa transition énergétique, comme le relevait le 22 janvier le premier suivi de la stratégie nationale bas carbone (SNBC) au Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire (cf. article Actu-Environnement).

Vous trouverez plus d’informations sur le débat public en cours sur https://ppe.debatpublic.fr/, et pourriez y poster vos contributions, remarques et cahiers d’acteurs.

La Loi de Transition Énergétique, issue du Débat National sur la Transition Énergétique, a connu en 2017 de nombreux coups de canifs inquiétant, à commencer par le recul sur la baisse du nucléaire à 50% de la production électrique en 2025. Plus récemment, ce sont les 3 scénarios de transition énergétique les moins énergivores, et les plus propres des inflexions constatées de consommation des français, qui disparaissent du périmètre des documents proposés à la concertation sur la PPE, et ce, dans un contexte mondial où jamais les énergies renouvelables n’ont été aussi compétitives, et où de l’aveu même d’EDF jamais les coûts de production du nucléaire neuf n’ont été aussi élevés et hors concours comparés aux énergies renouvelables, ce qui est acté par les déboires financiers et d’Orano (ex-Areva), et d’EDF, et un sous-provisionnement financier des démantèlements inquiétant pour les générations actuelles et futures.

Pourtant, les solutions existent et se déploient, à l’échelle des territoires. L’efficacité énergétique, comme les énergies 4D (déconcentrées, décarbonées, diversifiées, démocratiques) sur les territoires, montrent chaque jour leur pertinence pour passer de la vulnérabilité à la résilience, et assurer à moindre coût la réponse à nos besoins énergétiques.

Comment accélérer cette transition, en particulier au niveau national ? Le consensus des économistes (à l’exemple de Christian de Perthuis) et des prospectivistes (IFRI, OCDE…) pour montrer que la transition énergétique s’appuiera par un recours au gaz massifié sur 15 à 30 % des besoins énergétiques, nécessitant de prendre des décisions maintenant et dans les 3 prochaines années pour être en phase avec les objectifs de l’Accord de Paris, et nos objectifs européens. Ceci peut se faire dès maintenant, avec des investissements mesurés et portant une rentabilité rapide, avec des technologies disponibles dès maintenant, avec des bénéfices importants sur la qualité de l’air, la santé environnementale, mais aussi l’emploi et notre qualité de vie au quotidien.

Ces enjeux manquent encore de matérialité dans les travaux préalables à la concertation sur la PPE, ils sont trop peu reflétés dans nos ambitions nationales, et pourtant indispensables à une transition énergétique réussie sur les territoires.

C’est pourquoi Green Cross porte désormais au débat le fruit du travail de son Think-and-do Tank “Ville et Territoires durables, énergie et économie circulaire“, et une note qui propose 17 clés pour agir afin de faire du gaz un accélérateur de la transition énergétique.

Le rapport détaillé est disponible ICI, et vous pouvez consulter le brief pour dirigeants,téléchargeable ICI.

 

Le gazaccélérateur de la transition énergétique ?

Brief pour dirigeants – Version 2.0 – janvier 2018

La transition énergétique est une dynamique complexe, qui comprend tout à la fois un travail sur les comportements et les usages, le développement forcené de l’efficacité énergétique, et la substitution des énergies non renouvelables par des énergies de sources renouvelables dont la transformation sera la moins impactante possible pour la planète.

Le Think-and-Do Tank « énergie, économie circulaire et ville durable » de Green Cross, formé d’experts de la transition énergétique et de représentants des différentes parties prenantes, s’est attaché depuis 2015 à travailler sur les enjeux opérationnels de la transition énergétique sur les territoires, et souhaite après 2 ans de travaux mettre en avant ses conclusions sur un point essentiel mais pas encore assez débattu : le gaz, accélérateur de la transition énergétique ?

En effet, le gaz est un accélérateur trop peu connu de la transition énergétique des territoires : il permet une mobilité plus propre, le réseau existant est performant, agile et durable, le gaz permet le stockage de l’énergie, et sa combustion est propre. C’est un moyen de chauffage, de production de chaleur, de froid et d’électricité performant. Il accélère la mise en place concrète de l’économie circulaire, que ce soit en zone urbaine comme en zone rurale, sur des territoires insulaires ou isolés comme dans les métropoles. Sa composition peut elle-même évoluer, via les 2ème et 3ème générations d’agrocarburants et en particulier les bio-gaz et bio-GNV, pour intégrer une part plus importante de renouvelables.

17 clés peuvent être activées dès maintenant pour en développer l’usage, et ainsi accélérer la transition énergétique de l’économie, susciter l’entrepreneuriat et atteindre rapidement des résultats concrets sur le climat et l’environnement, la qualité de vie et l’économie. La mise en œuvre de ces clés accélère, dans un contexte où la France est en retard par rapport à ses engagements de transition énergétique, la mise en place de l’Accord de Paris et le passage au stade opérationnel des Climpacts (One Planet Summit), mais aussi l’incarnation des Objectifs de Développement Durable (ODD).

Ces clés pour agir, très opérationnelles, peuvent, via le gaz, accélérer la transition énergétique. Elles sont groupées en 4 thèmes structurant : transition écologique de l’économie., mobilitébâtiment et infrastructures industrielles, biomasse alimentation et déchets,

Transition écologique de l’économie : 5 clés pour agir

  • encourager le recours au gaz dans les schémas logistiques territoriaux et mettre en avant la différence qualitative entre la solution actuelle et une solution full-gaz
  • consolider et renforcer l’efficacité du transport multimodal par des actions consolidées au maillage territorial dense, en partant de la dimension territoriale et en développant la synergie des acteurs (publics / privés, locaux / nationaux et internationaux) mais aussi l’attractivité prix / qualité.
  • modéliser, de manière territorialisée, l’impact des évolutions en cours sur la transition gaz (motorisation des navires, des transports terrestres, transformation du paysage urbain), et leur impact multi-factoriel (climat / qualité air / biodiversité / performance et résilience transport), et mettre ceci en perspective dans les plans d’évolution des territoires.
  • mettre en avant les réussites déjà obtenues en termes de contractualisation entre donneur d’ordre et chaînes d’approvisionnement (ex : contrats livraison GNV, mutation au gaz des bus, retrofit navire…) en ayant des kits pédagogiques et de transition à destination des décideurs territoriaux, publics et privés.
  • augmenter de 25% en 2017, puis ensuite d’au moins 20% par an sur les 3 prochaines années, le taux de la contribution climat énergie.

Mobilité : 6 clés pour agir

  • faciliter, par des mesures coercitives et incitatives, la migration au gaz sur une période de 3 ans de tous les camions et bus > 8,5 tonnes circulant en agglomération qui ne sont pas déjà électriques, et en 10 ans sur tous les véhicules > 3,5 tonnes.
  • instaurer une commission logistique permanente au niveau national, puis européen, en charge de fournir information et transparence sur la performance environnementale de chaque flux transporté, sur sa contribution à la lutte contre le dérèglement climatique et à une meilleure qualité de l’air
  • débloquer les verrous législatifs compliquant l’avitaillement au gaz et l’opération sous pavillon français des navires de marchandises et de passagers opérant sur le territoire français, mouillant ou faisant escale dans un port français.
  • imposer que toute commande publique de moyens à la mer ou de desserte maritime après 2019 demande une solution de référence soit utilisant des énergies renouvelables, soit au gaz.
  • rendre opérationnelle avant 2025 une solution d’avitaillement gaz dans chaque port de commerce français, y compris en outremer.
  • mettre en place un cadre législatif et fiscal stable et incitatif pour l’équipement au gaz d’un véhicule existant en zone rurale ou suburbaine, pour les flottes de véhicules d’entreprise au gaz ou pour le remplacement d’un véhicule diesel par un véhicule au gaz.

 

Biomasse, alimentation et déchets : 4 clés pour agir

  • accélérer concrètement dès 2018, par des actions législatives européennes et nationales ambitieuses et une meilleure transparence sur les approvisionnements, la transition vers des agro-carburants de seconde et troisième génération, et développer une politique bio-GNV ambitieuse à l’avant-garde de cette transition
  • dès 2018, rendre accessible via un mécanisme de labellisation ou d’étiquetage, pour chaque source d’approvisionnement utilisant le terme « bio » ou « renouvelable » une information synthétique, transparente et validée sur la source d’énergie, les empreintes carbones et environnementale, et la génération de production.
  • développer les infrastructures de mutualisation pour la collecte et la valorisation de la biomasse, notamment d’origine agricole, et avoir sous 3 ans au moins 6 démonstrateurs opérationnels, dont un en outremer.
  • installer au moins 3 démonstrateurs industriels de pyrogazéification, dont un fonctionnant à base de CSR.

Bâtiment et infrastructures industrielles : 3 clés pour agir

  • intégrer dans les réglementations thermiques post-2018 un « chèque-optimisation » pour les propriétaires de logement gaz ayant une pertinence écologique à moderniser leur installation.
  • valoriser via la réglementation thermique et la politique fiscale les co-générations et multi-générations couplées à des installations d’énergies renouvelables pour les constructions nouvelles.
  • mettre en place, sous 2 ans, 4 à 5 démonstrateurs industriels Power-to-Gas répartis sur le territoire, en lien avec des producteurs de CO2 concentré.

La note détaillée est disponible sur simple demande à contact@gcft.fr – cette note est mise en débat avec les principaux think-tanks et réseaux impliqués sur le sujet de septembre 2017 à janvier 2018. A l’issue de ce débat, une version actualisée des points de vue et retours d’expériences des débattants sera publiée, au premier semestre 2018.

Pour en savoir plus sur les enjeux économiques et le rôle du gaz dans la transition énergétique, mais aussi vis-à-vis du dérèglement climatique et de l’Accord de Paris, un papier synthétique de Christian de Perthuis : https://theconversation.com/quel-climat-preparons-nous-pour-demain-87454