Mar 13

Exhibition 9th Edition Carmignac Photojournalism Award — Saatchi Gallery, London (U.K.)

Cape Kamenny, Yamal Peninsula, Russia, May 2018. © Yuri Kozyrev - NOOR for Fondation Carmignac

Cape Kamenny, Yamal Peninsula, Russia, May 2018. © Yuri Kozyrev – NOOR for Fondation Carmignac

Après avoir été présentée à Paris la Villette depuis le 11 novembre, l’exposition Arctique, lauréate du prix 2018, traverse désormais la Manche pour s’installer à la Saatchi Gallery à partir du 15 mars.

Les photojournalistes Yuri Kozyrev et Kadir van Lohuizen (NOOR) sont lauréats de la 9ème édition du Prix Carmignac, présidée par Jean Jouzel, et sous le patronage de la Ministre Ségolène Royal, ambassadrice française pour les pôles. La prochaine exposition, en 2020, sera sur le thème de l’Amazonie.

Vous trouverez à cette occasion les priorités de Green Cross pour l’Arctique.

ENJEUX

1.      Les effets du dérèglement climatique en Arctique transformeraient-ils la région en Nouveau Far West ?

Qu’il s’agisse de nouvelles routes de navigation, de traits de pêche opérés sur des eaux autrefois recouvertes de glace, de trafic de vestiges d’une vie aujourd’hui disparue ou d’une course effrénée à l’exploitation pétrolière et minière que l’on pensait d’un temps révolu, les trésors de l’Arctique sont l’objet de nombreuses avidités.

Comme lors de la conquête de l’ouest ou des grandes transitions historiques, nous y retrouvons des cowboys et des indiens, des gendarmes et des voleurs. Quels seront les équilibres…ou les déséquilibres… qui se feront jour en Arctique ?

Les scientifiques observent avec inquiétude l’évolution du climat et de la biodiversité, mais aussi l’impact de ces nouvelles activités humaines. Les armées, les activités de police et de contrôle tentent de s’organiser et font évoluer leurs organisations sans forcément déployer des moyens à la hauteur des enjeux. Les tensions géopolitiques réapparaissent, tout comme les conflits entre intérêts économiques de court terme et visions de moyen terme pour les territoires.

Qu’en subsistera-t-il ? Nous sommes à la croisée des chemins.

2.      Les habitats deviennent de plus en plus vulnérables, la nature a déjà initiée une transition irréversible mais que nous pouvons atténuer

Des brèches et des cicatrices se développe dans l’Arctique. Au-delà des spectaculaires cratères formés dans le pergélisol qui se multiplient, des cours d’eau et nappes phréatiques dont la vitalité est de plus en plus compromise, ce sont les caractéristiques essentielles des habitats végétaux, animaux et humains qui sont désormais atteintes.

Qu’ils soient terrestres ou marins, les grands animaux migratoires ne peuvent plus reproduire le périple qu’ils parcouraient jusqu’alors. Cette situation préoccupante les désoriente, incite à de nouveaux comportements qui bouleversent les écosystèmes, et met à risque jusqu’à leur survie.

Le cercle arctique, autrefois continent blanc parsemé de quelques pépites vertes et bleues, s’illustre désormais beaucoup plus en marron, gris, vert et bleu. Est-ce une bonne nouvelle ? Assurément pas. Ce poumon de la planète, qui contribue à la fois à la régulation des courants marins et du climat, recèle des stocks de biodiversité et est un creuset de vie terrestre et marine aussi intense que méconnu, nous appelle à l’aide pour mieux l’aimer, mieux le connaître, mieux le préserver.

Permettre à l’Arctique de passer de la vulnérabilité à la résilience, c’est aider à en préserver la vitalité, mais c’est aussi nous protéger nous-même.

3.      Les peuples autochtones, qui vivaient en symbiose avec le milieu, se sont rapprochés du mode de vie occidental

Historiquement, la vie des peuples de l’Arctique se structurait autour de quelques repères : l’autonomie, l’affirmation identitaire et culturelle forte entre communautés, les solidarités locales et l’organisation collective de la société, l’interaction permanente entre l’humain, le vivant et les éléments. Le développement des industries extractives, la mécanisation des transports, l’arrivée du confort moderne et la révolution des communications ont métamorphosé ces codes.

A la transmission intergénérationnelle a succédé l’internat et l’école à distance loin de la maison et de la communauté. La maison est devenue individuelle, l’électricité indispensable, la voiture et l’accès à la consommation industrialisée un standard inévitable. L’alcool et le tabac coulent à flot, le tourisme a substitué à la rudesse du voyage l’immédiateté d’une rencontre fortuite de deux univers qui se croisent sans jamais se rencontrer. L’intemporalité et la lente dégradation des déchets, les besoins sans cesse plus grands d’énergie, d’espace et de ressources minières, les pollutions multiples et grandissantes laissent un espace de plus en plus restreint pour des modes de vie préservée.

L’éducation formelle, l’accès à la connaissance se sont améliorés. L’accès à la médecine et aux sciences occidentales a amélioré l’espérance de vie, et affaibli les savoirs traditionnels.

4.      Nous – le genre humain – devons désormais évoluer pour protéger l’Arctique et nous préserver

La situation de l’Arctique nous oblige et nous incite aux solidarités. Il s’agit en même temps de coopérer avec les peuples de l’Arctique, de s’assurer qu’ils peuvent choisir leur destin commun, et vivre sereinement dans un environnement préservé. Mais aussi, en les respectant de nous préserver d’une avidité accrue qui obérerait leurs ressources, et que nos choix de société ne mettent à risque ni leur mode de vie, ni leur vitalité, ni leur culture et leur patrimoine immatériel.

Que pouvons-nous y faire ? Les possibilités sont multiples, à chacun de déterminer ses priorités.

Il peut s’agir de sécuriser et de réguler fortement le trafic maritime dans l’Arctique, d’éviter que ce continent-océan ne soit laissé à la pêche prédatrice et au braconnage, et d’accélérer la transition énergétique mondiale plutôt que de lorgner sur une exploitation déraisonnée des ressources pétrolières et minières de la région.

Il peut s’agir d’aider à la préservation du patrimoine culturel, de l’identité et du mode de vie des populations, de développer de nouvelles solidarités, d’encourager à la diversité, d’encourager la rencontre entre les peuples au-delà du tourisme superficiel et distant.

Il peut s’agir de changer au quotidien nos modes de vie à la hauteur des enjeux du dérèglement climatique, des dégradations de l’environnement et de notre qualité et vie, et d’accélérer vers l’efficience des comportements dans une société en transition énergétique, économique et sociétale, qui respecte la vitalité de l’Arctique et son rôle essentiel par une préservation prioritaire, et rapide.

Eclairons ces possibles…il vous appartient d’y trouver vos équilibres, et vos engagements.

URGENCES D’AGIR

QUELQUES FAITS ET CHIFFRES EMBLEMATIQUES

  • Si nous contenons le climat à + 1,5°C à horizon 2100, il y aura un été sans glace tous les 100 ans en Arctique. Si nous contenons le climat à + 2,0°C à horizon 2010, il y aura un été sans glace tous les 100 ans en Arctique. Et, pour contenir le climat à 1,5°C, il nous faut réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 47% avant 2030, en initiait l’essentiel de nos évolutions de comportement dans les 3 ans à venir.
  • Malgré ses engagements souverains de sortie des énergies fossiles, la Norvège a confirmé début 2018 la concession de 13 permis d’exploration (dont Chevron, CoconoPhilipps, Lukoil, Statoil…) en Mer de Barents
  • Durant la seconde moitié du 20ème siècle, la Mer de Barents a servi de poubelle nucléaire, sans précaution et sans suivi. Désormais, et depuis mi-2018, elle héberge en plus des centrales nucléaires flottantes.
  • Le 20 décembre 2017, le congrès américain a adopté une loi autorisant le développement pétrolier et gazier en plein parc naturel (Arctic National Wildlife), en Alaska.
  • Le 28 juin 2018, la revue Antiquity notait que plusieurs cimetières amérindiens de l’Arctique, donc certains proviennent de villages habités depuis le 6ème siècle, ont disparus noyés.
  • Le 1er mai 2017, le Comité sur la Situation des Espèces en Péril Au Canada (COSEPAC) dénombrait 62 espèces de l’Arctique menacées d’extinction prochaine.
  • En septembre 2018, le Japon demandait la reprise de la pêche commerciale à la baleine, au-delà des quotas de pêche prétendue scientifique dont il dispose déjà, et vise pour ceci les zones polaires, arctique et antarctique.
  • En octobre 2018, les chalutiers industriels s’apprêtent à piller les zones de l’Arctique laissées libre par la fonte des glaces. Il s’agit d’effectuer avec des navires-usines des campagnes de pêche au cabillaud, peu sélectives et peu performantes, mais très dangereuses pour la biodiversité de l’Arctique. Ce sont des armements français, européens et britanniques qui développent actuellement ce type de pêche.