Nov 26

Développer l’agro-écologie – Comment mieux manger en préservant la planète ?

Pollutions…fortes évolutions de cours des ressources alimentaires…crises qualité à répétition et perte de confiance du consommateur…empreinte écologiques intenses de monocultures en concurrence internationale et disparition des savoirs agronomiques dans les pays en voie de développement. Le modèle de production autour des grandes cultures et d’un mono-élevage spécialisé par région à l’échelle internationale montre ses limites.

Longtemps vécu comme un ensemble de pratiques hétéroclites et artisanales, l’agro-écologie apparaît désormais comme une forte de réponse aux crises de l’alimentation, qui cherche à atteindre la triple performance économique, sociale et écologique. Et ce, en créant de la valeur localement, sur les territoires.

 

Mais qu’est-ce donc que l’agro-écologie ?

L’agro-écologie peut se définir comme étant un ensemble de pratiques évolutives qui permet de réconcilier l’agronomie et l’écologie. Ce concept est destiné à apporter des réponses concrètes à la « malbouffe », à l’impact environnemental d’une monoculture trop intensive, dans un contexte de gaspillage alimentaire où 50% de la nourriture consommable produite n’atteint pas l’estomac humain.

L’approche systémique de l’agro-écologie 

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Cette pratique envisage le sol, l’eau et la vie comme un creuset permettant de cultiver et d’élever au plus près des lieux de consommations. La diversité des cultures permet d’avoir toujours une production en quantité et en qualité, l’agriculteur est impliqué comme entrepreneur de son exploitation, une démarche de ferme ouverte et de circuit court rapprochent l’exploitation agricole du consommateur, et la qualité des sols est préservées par une agriculture qui a besoin de peu ou pas d’intrants et contribue au développement de la qualité organoleptique des sols.

En quoi est-ce une approche des territoires ?

Entretien et développement de biodiversité sur les paysages et activités agricoles sont intimement liés. Et ce, dans une démarche d’économie circulaire, ou rien ne se perd, mais tout se transforme et est valorisé. Il est temps d’innover, de comprendre et d’accélérer ce modèle en particulier pour faire évoluer les pratiques agroalimentaires vers une performance plus globale: économique, écologique et sociale. Ceci répond à la nécessité de trouver de nouvelles réponses pour restaurer la biodiversité, mais aussi d’avoir une production agricole qui demande moins d’intrants, utilise au mieux le sol et la biodiversité, et une filière agroalimentaire qui permet une valorisation optimisant les transports et limitant tout gaspillage alimentaire.

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(c) GCFT – Nicolas Imbert

Aujourd’hui,  plus de 60 % des produits agricoles ne sont pas consommés par un humain et au moins 40 % sont jetés sans être consommés, alors que plus qu’un milliard de personnes n’arrive pas à trouver à manger ! Ce gaspillage, essentiellement dû à une trop forte segmentation des productions et à une offre éloignée du consommateur, devient inacceptable tant socialement qu’écologiquement, et son modèle économique repose sur des logiques d’aides, de subvention ou de dumping social ou écologique.

 Qui a besoin d’agro-écologie ?

L’agro-écologie est l’affaire de tous. Celle des citoyens, aussi consommateurs et contribuables, souvent aidés par des associations comme les nôtres, qui deviennent peu à peu des « consomm’acteurs » désireux de vérifier à la fois la qualité de leur alimentation et son impact sur les territoires. Celle de la distribution de proximité, comme certains supermarchés, mais aussi des restaurateurs, qui redécouvrent les bienfaits la consommation et la vente des produits issus de l’agro-écologie. Tous sont, à leur manière, impliqués dans cette boucle vertueuse qui permet de développer des pratiques plus respectueuses : elles utilisent les ressources de manière optimale et pérenne, fournissent des produits locaux, de saison, plus sains et qui minimisent l’impact négatif de l’agriculture sur les territoires. Le consommateur connaît le producteur et n’achète que les produits nécessaires à son alimentation.

(c) Green Cross

(c) Green Cross

Ceci est-il également vrai pour les productions animales ?

L’élevage est une des composantes fondamentales de l’agro-écologie, et ce depuis l’apparition de celle-ci dès la préhistoire avec la communauté nomade des chasseurs-cueilleurs qui s’est sédentarisée au fil du temps, autour de la polyculture et de l’élevage.

Cette société s’est développée peu à peu, pour connaître une phase de spécialisation durant la période d’après-guerre en France. Bien connue sous le nom de « Révolution Verte », cette spécialisation a vu se développer un modèle unique, autour d’une monoculture intensive d’un côté, d’un élevage perdant progressivement le contact avec le sol de l’autre, et la constitution d’un maillage d’acteurs éloignant le producteur du consommateur, et peu propice à la constitution de filières territoriales de haute qualité. Ce modèle monolithique ne répond aujourd’hui que partiellement aux nouvelles exigences des consommateurs, notamment à la lueur des questions posées d’une part sur l’environnement, d’autre part sur la santé des consommateurs.  Il est également de plus en plus contesté en Europe à l’aune de la réforme de la Politique Agricole Commune, qui implique la nécessité pour l’agriculture française de se réinventer vers une production plus qualitative et plus territorialisée.

Car il est désormais possible de produire à coût optimisé, avec une bonne qualité, y compris dans l’élevage porcin. C’est le choix par exemple fait par l’éleveur Thierry Schweitzer : produire localement, élever les porcs sur paille (paille issue des cultures et qui retournera aux champs sous forme de fumier), respecter l’animal (à travers une démarche entreprise avec le CIWF) et transformer lui-même des produits innovants, séduisants et de grande qualité. Ce modèle est rentable, il permet à l’éleveur de vivre de son travail, quasiment sans subvention, et génère beaucoup moins d’azote et autres troubles écologiques.

Ce sont ces pratiques que nous contribuons à mettre en place en Bretagne Nord, notamment avec des acteurs structurants comme Fleury Michon.

Faut-il que nous bouleversions notre alimentation ?

Bouleverser, certainement pas.  La transition vers l’agro-écologie sera progressive, et elle permet aussi de retrouver le plaisir du goût. Nous le voyons bien avec nos travaux sur le bien-manger et l’évolution des pratiques agro-alimentaires, les restaurateurs accomplissent des prouesses, et le consommateur redécouvre les saveurs, à moindre coût.

Comment s’assurer que les promesses de l’agro-écologie sont bien tenues ?

Il est essentiel de restaurer la confiance tant dans le produit que dans les pratiques, et ceci doit se faire par une tierce certification, des labels simples à décrypter et des allégations à la fois précises et ambitieuses. Dans notre approche, trois domaines doivent donner lieu à des indicateurs de labellisation :

  • Le produit, tant dans ses qualités gustatives que sanitaire et nutritive,
  • La qualité et le développement de l’écosystème à l’échelle de l’exploitation,
  • Ainsi que l’efficacité de la filière.

Et ce, dans une approche de performance globale, intégrant l’économie, l’environnement et le social. Ces indicateurs sont conçus comme étant des outils de mesure, mais aussi d’amélioration continue, ils sont donc utilisables de manière similaire par un petit artisan ou un grand groupe. L’approche par indicateurs étant encore peu développée dans l’agro-alimentaire, à l’inverse de l’électroménager, nous pensons que les associations ont un rôle essentiel à jouer, d’une part en apportant une information et des suggestions indépendantes de toute offre commerciale, mais également par une animation séduisante sur le bien-manger comme sur le manger-sain. Par exemple en redécouvrant des morceaux auparavant délaissés (qui donnent charcuterie et pâtés de qualité), en ayant des textures retrouvées, en mangeant des poissons plus petits et non menacés issus de la pêche côtière de proximité…l’occasion aussi de se faire plaisir et de manger ce que l’on achète. Plus on achète une nourriture saine et qui fait plaisir, plus on retrouve le plaisir de la préparer soi-même (et nous travaillons régulièrement avec des cuisiniers sur des festivals pour montrer à quel point c’est facile), plus la nourriture est effectivement consommée. C’est intéressant et pour la qualité de vie du consommateur, et pour son porte-monnaie, pour le producteur, et pour l’ensemble de la chaine de valeur.

Faire système sur les territoires – les axes de solutions

L’agro-alimentaire ne devrait pas échapper à quelques grandes tendances d’évolution de nos économies :

  • transformation d’un système socio-économique, basé sur la consommation de ressources primaires, en systèmes intégrant l’alimentation durable aux autres enjeux du territoire, basé sur les cycles des écosystémes.
  • réorientation des aides publiques pour accompagner la diversification des exploitations rendue indispensable par l’attente de produits agricoles de qualité et le besoin de transparence et une efficacité accrues des circuits de transformation, vente et distribution.
  • promotion de l’économie circulaire dans une approche consolidant filières et territoires (valorisation des sous-produits et déchets, lutte contre le gaspillage …).

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