Conférence « Le défi climatique et la COP21 pour l’industrie immobilière : quel bilan ? Quels changements ? »

Mardi 9 février, au sein du cabinet Lefèvre Pelletier et associés, à Paris, se tenait une conférence organisée par l’Observatoire de l’immobiliser Durable (OID) sur les changements issus de la COP21 pour l’industrie immobilière. La séance a été introduite successivement par Loïs Moulas, directeur général de l’OID puis par son Président, Gérard Degli Esposti.

Retrouvez ici les interview des intervenants ainsi que la vidéo de la conférence sur la chaîne Viméo de Green Cross France et Territoires : https://vimeo.com/gcft/videos

G. Degli

M. Degli Esposti a d’abord tenu à remercier M. Jouzel pour sa présence avant de présenter son parcours : paléo-climatologue, ex Vice-Président du GIEC, récompensé à de nombreuses reprises pour ses travaux scientifiques, il a été associé à quatre cent publications, et a reçu, en 2012, le prestigieux prix Vetlesen, pour ses travaux sur les glaces polaires et le climat.

Retrouvez ici l’interview de M. Degli Esposti : vimeo.com/157561955

Jean Jouzel a introduit son propos en rappelant la qualité, dès 1990, du premier rapport du GIEC qui évoquait un réchauffement climatique global de l’ordre de trois degrés, ainsi qu’une élévation du niveau des mers de 65 centimètres, ce qui diffère assez peu différent des dernières prédictions.

Depuis 1992 et la conférence de Rio qui fixait l’objectif de stabiliser l’effet de serre, différentes difficultés ont été rencontrées, avec des accords n’engageant qu’une petite partie de la communauté internationale. Si Copenhague, en 2009, a permis un prolongement du protocole de Kyoto ne s’engageant que sur moins de 15% des émissions de GES mondiales, cette conférence a tout de même donné deux chiffres importants, qui ont fait le succès de la COP21. Le premier : l’apparition d’un objectif incitant à ne pas dépasser les 2 degrés de réchauffement global. Le second : la création d’un fonds vert, qui devra être provisionné à hauteur de 100 milliards de dollars par an pour aider les pays du Sud.

La COP21 a pu se construire dès 2011 lors de la conférence de Durban où un changement de paradigme a été opéré. Il a été acté pour la première fois que chaque pays travaille sur la contribution de diminution de ses émissions qu’il pourrait proposer, les INDC, en anglais.

L’accord de Paris a été un succès, car des engagements ont été pris : engagement de limiter le réchauffement climatique à deux degrés et tendre si possible vers 1,5 degré ; engagement d’abonder le fonds vert à hauteur de 100 milliards d’euros par an dès 2020 et de faire de ce montant un plancher, avec pour objectif de réévaluer à la hausse ce fonds. Enfin, invitation des pays à revoir leur INDC à la hausse, si possible avant 2020.

J. Jouzel

Malgré tout, quelques bémols sont à souligner : on doit regretter que les contributions soumises à la COP21 par les pays ne soient pas à la hauteur des enjeux nous menant vers une trajectoire d’un réchauffement de 3 à 3,5 degrés.

On peut aussi regretter l’absence de fixation d’un prix du CO2, qui aurait créé une vraie dynamique sur le sujet.

Il faut rappeler l’urgence d’agir, atteindre l’objectif 2 degrés nous contraint à ne pas émettre plus de 800 milliards de tonnes de CO2, ce qui correspond à 20 années d’émissions au rythme actuel. Cela représente les émissions générées par la combustion de seulement 20% des combustibles fossiles facilement accessibles, ce qui a inspiré la campagne « Keep it in the ground » s’inspirant des travaux du GIEC.

Les villes rassemblent déjà 50% de la population mondiale, leur population va doubler à l’horizon 2050 et elles abriteront alors près de 70% de la population. Si on ne change pas de mode de développement, la seule construction des villes consommera 460 milliards de tonnes de carbone !

Les villes doivent être pensées différemment pour devenir plus résilientes à l’ensemble des phénomènes climatiques extrêmes auxquels elles seront soumises. Dans un monde à +3 degrés, la canicule de 2003 se reproduira tous les deux ans. Les évènements extrêmes concerneront la plupart des villes car elles sont souvent construites dans des zones à risques (littoraux exposés à la hausse du niveau des océans ou auprès de fleuves).

Il est ainsi primordial d’agir, d’abord sur l’efficacité énergétique, puis sur le désinvestissement dans les énergies fossiles au profit du développement des énergies renouvelables.

Retrouvez ici l’interview de Jean Jouzel : vimeo.com/157557469

A la suite de l’introduction, une table ronde s’est tenue rassemblant : Nicolas Imbert, Directeur Exécutif de Green Cross France et Territoires, Lise Moret, Head of ESQ quantitative solutions, responsible investment, AXA IM et Philippe Pelletier, Avocat et Président du Plan Bâtiment Durable.

Nicolas Imbert a rappelé qu’il était nécessaire que les villes s’adaptent, à tous les niveaux, les bâtiments comme les transports y compris devant entrer en transition. Le mot résilience, que nous n’entendions pas encore en 1992 à Rio, est devenu très important vis-à-vis des villes. Trop longtemps, nous avons considéré que le réchauffement climatique était d’abord une problématique des villes du Sud, or il nous concerne tous. En réponse, on observe que les villes évoluent rapidement (véhicules partagés en pied d’immeuble, vélos en libre-service, espaces de coworking…)

De nombreux think tank se posent la question de la ville durable (celui de Dunkerque par exemple travaille sur le risque de submersion marine), l’obtention d’une ville plus verticale et moins minérale devenant nécessaire. Il faut travailler sur un plan d’investissement comprenant une logique d’identification du risque et des opportunités, avec une vision en amont. L’ingénierie de la prospection à l’échelle d’un territoire est quelque chose de très nouveau. Nous sommes sur un système encore apprenant mais qui pourra permettre l’émergence de villes compactes, approvisionnées de façon maîtrisée par des énergies déconcentrées, dans lesquelles le besoin en déplacements contraints sera limité.

Retrouvez ici l’interview de Nicolas Imbert : vimeo.com/156824286

Lise Moret a expliqué que ce sont d’abord les questions de gouvernance et des risques associés qui préoccupent un investisseur comme AXA IM.

Pour AXA, plusieurs volets sont à prendre en compte. La mesure est très importante : il faut apprendre à quantifier les risques environnementaux pour mesurer l’exposition d’une stratégie d’investissement. Différents indicateurs sont à suivre : le taux d’occupation du bâtiment, le rendement attendu de la classe d’actif. La mesure de l’empreinte environnementale est effectuée par plusieurs biais, notamment l’empreinte carbone, l’efficacité énergétique, la consommation d’eau, et la valorisation des déchets.

L’engagement, qui consiste à embrasser des initiatives, porter des actions collectives, ont plus de chancew d’aboutir, notamment grâce à l’effet d’annonce.

Le désinvestissement, qui permet, par un choix délibéré, de ne plus s’exposer au risque climatique.

Retrouvez ici l’interview de Lise Moret : vimeo.com/157118833

Philippe Pelletier a entamé son propos en expliquant qu’il n’y avait pas une, mais des solutions pour aider les villes à s’adapter au dérèglement climatique.

Il estime que dans les pays développés, nous sommes entrés dans une autre époque, dans laquelle le besoin en réglementations venant « d’en haut » se fait moins sentir, car une impulsion forte est menée par la société pour engager la transition. Il apparaît nécessaire de s’orienter vers un système de réglementaire souple.

Il note que pour la construction neuve, les réels progrès apportés par la RT2012 ont permis de réaliser d’importantes économies d’énergie, la démocratisation du pilotage de l’énergie par les outils numériques accentue ces efforts.

En revanche, beaucoup reste à faire sur l’existant, les bâtiments anciens risquent de voir leur valeur fortement dépréciée, d’où l’importance d’entrer dans des démarches de rénovation thermique. Par ailleurs, la précarité énergétique touche en France 15% des ménages, accompagner ces personnes, souvent propriétaires de maisons individuelles dans les zones périurbaines et rurales, permet de recréer du lien social et de contribuer à sauvegarder leur patrimoine.

Retrouvez ici l’nterview de Philippe Pelletier : vimeo.com/156867168 

Panel intervenants